
Lisa Gerrard est un argument vivant pour dire que la voix humaine est le plus bel instrument de musique. Je l'ai entendue pour la première fois en 2000, mais je n'étais pas encore prêt à l'époque pour apprécier sa musique unique. Un an et demi plus tard, après avoir très vaguement entendu Dead can dance (
voir leur site officiel ici), je décidai d'acheter
A passage in time, leur première compilation. Je prends l'exemplaire chez mon disquaire, derrière ce trouvait un album à la pochette rouge étiqueté "la chanteuse de Dead can dance". Curieux, je l'achetai. Une de ces décisions anodines qui boulversent votre vie. Depuis je suis plongé dans une addiction de cette voix au timbre profond, aux intonations boulversantes.
Si vous désirez en savoir un peu plus sur la biographie de cette chanteuse australienne, vous pouvez aller sur
son site officiel, ou consulter l
'article de wikipedia pour ceux qui ne parlent pas anglais.
Cette artiste a plusieurs cordes à son arc. Une carrière dans les cordes vocales où elle s'accompagne de cordes frappées. Elle joue du yáng qín (prononcer "yan' tchin"), un instrument chinois où l'on frappe les cordes allongées avec des baguettes en bois.

Le yáng qín est de la famille des cithares allongées, on le retrouve en Inde et en Iran sous le nom de santoor (ou santur), en Europe sous l'appelation tympanon, hammered dulcimer ou cymbalum. Sa sonorité est brillante et riche. Le jeu des mailloches permet de jouer des mélodies ou des arpèges scintillant qui donnet une coloration énergique à la musique. Il accompagne parfaitement les oeuvres de Lisa, accentuant leur côté ancien, oriental et solennel.
La chanteuse a composé des pièces musicales, mais également pour le cinéma. On la retrouve dans un des rôles principaux du film espagnol
El niño de la luna présenté à Cannes en 1989. Je ne l'ai pas encore vu il attend sagement sur mon disque dur. Lisa a écrit des bandes originales de films (ali, gladiator,...) et travaillé avec des artistes renommés comme Enio Morricone, Hans Zimmer, Klaus Schulze.
Mais place à l'écoute !
Tout débute avec Dead can dance en 1984, elle construit son univers avec Brendan Perry, l'autre membre, sur la scène coldwave naissante aux côtés de Cocteau twins, This mortal coil, Cure, Anne Clark. Le premier album éponyme laisse entrevoir l'originalité à venir, même s'il reste dans la mouvance de l'époque. Frontier est un exemple de l'inspiration tribale et ancienne que prendra le groupe plus tard. Voici le clip de leur premier single :
Dead can dance - Frontier
Le chant de Lisa est une perpétuelle improvisation, une sorte de vocalisation rituelle laissant parler le coeur. Dans le DVD
Toward the within, elle explique que son chant est dans un langage universel, comme un enfant qui avant d'apprendre à parler emet des sons, cette langue innocente n'obéit à d'autres loi que la transmission du sentiment. Ne cherchez pas de paroles, seulement la sensation. Elle poursuit l'envoutement dans
Spleen & ideal en 1985. Cet album tend vers une musique plus méditative, abandonant peu à peu le rock coldwave
Les thèmes sont souvent tirés de l'histoire, de l'art et la culture, du sacré. Voici un des titres les plus appréciés
Cantara, ici en version concert. La version studio est sur l'album
Within the realm of a dying sun (1987), la version live sur l'album
Toward the within (1994).
Les albums
The serpent's egg (1988) et
Aion (1990) sont des pièces maîtresses de la discographie de Dead can dance. Inspirés directement de la musique médiévale, on glisse vers une musique plus spirituelle et ehnique, s'éloignant définitivement de la coldwave pour fonder ce qu'on appelle maintenant la darkwave et l'ethereal (ou
heavenly).
En 1992, Ron Fricke dans son film-documentaire
Baraka utilisera des morceaux de Dead can dance dont le somptueux
Host of a seraphim pour illustrer l'humanité.
Dead can dance - Host of a seraphim
Brendan et Lisa renouvellent leur inspiration en prenant la direction de l'afrique avec l'album
Into the labyrinth (1993). Un de mes albums préféré de DCD. Le clip du premier titre,
Yulunga, est fait sur des images de
Baraka.
Difficile de parler de Dead can dance sans aborder les concerts. La nature de leur musique est l'improvisation, ce qui donne naissance à un pléthore d'inédits disponible sur des bootlegs difficiles à touver. Le seul enregistrement disponible est
Toward the within qui peut-être considéré comme un album à part entière vu que les 3/4 des titres ne sont pas sur les albums studio. On ressent la direction folk que prend Brendan Perry alors que Lisa ne cesse de peaufiner sa voix vers un chant plus "musique classique".
Spiritchaser (1996) s'inspire de la musique afro-cubaine. Il s'agit du dernier album de DCD. Après Brendan Perry pousuivra une carrière solo avec un album folk, et s'occupant de Quivvy church, une église transformée en studio d'enregistrement et école de percussion afro-cubaines. Lisa avait commencé par produire un album solo
The miror pool en 1995, montrant une virtuosité de composition plus profonde que dans DCD. Les morceaux sont plus construits et complexes, plus orchestrale. Lisa forge sa voix de contralto dramatique dans ce creuset d'influence qu'elle sait remplir d'ingrédients ecclectiques.
En exemples,
La bas - Song of the drowned un chant poignant.
Ajhon s'inspire de musiques asiatiques, comme le gamelan indonésien.
Nous arrivons enfin à mon album préféré, cette fameuse pochette rouge,
Duality (1998). Co-écrit avec le percussionniste australien Peter Bouke, c'est une merveille indescriptible à écouter en entier. Voici mon titre préféré Shadow magnet
L'excellent duo continuera en 1999 avec la BO du film
Révélations (
Insider en VO) qui reprend des titres de leur album précédant en modifiant parfois la version, mais comporte aussi des inédits. Voici l'excellent
Sacrifice (
Duality) et
Dawn of the truth (inédit)
La participation de Lisa à la BO de
Gladiator (2000) sonne comme l'écho de
Duality. Suivra
Immortal memory (2004) en collaboration avec Patrick Cassidy, la BO de
Whalerider. Des albums très moyens en somme...
Une évènement en 2005 : la tournée de Dead can dance ! J'ai eu l'immense plaisir de voir le groupe à Bordeaux, un concert mémorable dont je garde un bootleg de haute qualité. Enfin un bootleg du concert de Paris et un de la tournée car le soir de Bordeaux, Brendan avait une laryngite, comme cela s'entendait un peu, ils ont préféré ne pas garder cet enregistrement, je n'entend donc pas mes applaudissements sur l'enregistrements.
2006, un autre album solo
The silver tree dont on avais eu la primeur lors du concert. Cet album n'est pas le meilleur, un seul titre à retenir
Devotion (titré
the love that can't be lors du concert)
Enfin terminons avec la surprenante aventure avec Klaus Schulze
Farscape (2008). Schulze est un fondateur du krautrock (ou musique planante), considéré comme pionnier de la musique électronique, une des sources de la techno. La rencontre des deux artistes est moins brillante que je ne l'imaginais, mais reste intéressante.
Voilà la fin de notre courte visite de la planète Lisa. J'espère vous avoir donné envie. En tous cas, je nourris l'espoir secret de faire un jour de la musique avec cet astre !
toutes les musiques de cet article © Dead can dance, © Lisa Gerrard, © Lisa Gerrard & Peter bourke