A Verlaine
Au commencement un arpège sans éclat,
Un requiem pour ciel en deuil, on sonne le glas.
Les danseurs sont masqués, arrivent sur le théâtre
Où la belle Séléné pleure sa lumière d'albâtre.
Dansez Masques & Bergamasques, vos danses macabres.
Dansez Masques & Bergamasques, vos langues sont sabres.
Gracieux en pourpoint de soie aux tons mineurs
Leur musique est une arme qui peut voler nos coeurs.
Leur gestuelle scandée composent un jeu cruel
Couchant sur la portée des notes pour un duel.
Dansez Masques & Bergamasques, vos danses macabres.
Dansez Masques & Bergamasques, vos langues sont sabres.
Grimacier & Charmant entonnent un vaudeville.
Leur ballet est grotesque et le public fébrile.
Ils déclament leur mal-être en souffrances cadencées.
Entend, trois coup suffisent, le Drame a commencé...
L’ouverture est une pièce musicale en trois parties, une sorte de prologue donnant le ton. Celle-ci s’inspire du poème « Clair de Lune » qui démarre les Fêtes galantes de Paul Verlaine. Si l’âme de Verlaine est un paysage, ici le Monde est une scène changeante comme chez Shakespeare et dans la Bible. Les Bergamasques sont des acteurs allégoriques issus de la Commedia dell’arte (utilisé dans « Clair de Lune » et dans Songe d’une nuit d’été). Ce terme désigne également d’anciennes danses populaires de la ville italienne de Bergame, tout comme le vaudeville désigne de nos jours une comédie légère et à l’origine une chanson populaire normande.
L’Allégorie est une forme très usitée au Moyen-Âge que j’affectionne particulièrement. Le Monde est une Œuvre d’où l’utilisation et le mélange des champs lexicaux des Arts pour le décrire. Le refrain séparant les trois strophes indique que cette Scène est le fruit de nos actes (danses) et de nos paroles (langues). Le Monde n’est donc pas un lieu physique mais un état de chose, et comme dans Les chroniques des royaumes crépusculaires de Mathieu Gaborit, le Drame y prend place. Le lecteur en devient spectateur.